POUR UNE BRIQUE DE PLUS OU DE MOINS

Publié le par lambersart-yvon cousin

                                         citadelle lilleTout près de Lambersart, le circuit des remparts de  la citadelle de Lille est un lieu agréable pour courir et marcher.

 Il y a quelques jours, j'y étais et je me suis arrêté pour engager la conversation avec un ouvrier qui restaurait un mur près de la porte Royale . Derrière le grillage du chantier, il faisait une pause et allumait une cigarette avec un briquet à mèche comme le faisaient avant lui ses prédécesseurs qui "roulaient du gris qu'ils prenaient dans leurs doigts".

 Quand je lui eus dit -ce que je crois vraiment - que son travail était exceptionnel et précieux car il créait un lien entre le siècle de Louis XIV et le XXIe siècle,j'ai senti qu'il me trouvait sympathique !

 On en vint à parler des 60 millions de briques qu'il avait fallu pour construire le bel édifice .Il m'apprit qu'à l'époque la brique d'Armentières était meilleure que la brique de Lambersart mais nous tombâmes d'accord pour nous réjouir qu'aujourd'hui encore on pouvait rêver devant ces briques qui avaient peut-être été caressées par le regard de Vauban, de Louvois ou de sa Majesté elle-même.

 Pour me récompenser sans doute de mon intérêt pour la restauration historique, il m'offrit une de ces briques tombée du rempart. Depuis , me voici dépositaire d'une partie du patrimoine de la France ! Certains sont allés à Berlin pour arracher une partie du mur . Moi, j'ai mon authentique brique royale de 1667 .

 D'autres penseront que je n'ai pas le droit de détenir un tel trésor et que je suis un recéleur. Faux . Car il me semble bien me souvenir que pour construire la Citadelle le territoire de Lambersart avait été amputé au profit de celui de Lille. On ne peut donc pas parler de recel mais de petit dédommagement !

 De toute façon, cette brique, je vais la déposer dans mon bureau à la mairie. Pourtant,

je ne vous invite pas à aller chercher la vôtre . Evitez aussi d'ébruiter mon larcin . Car pour éviter le pillage les autorités auraient vite fait de décider des mesures répressives !

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yvoncousin 09/10/2010 13:32



Oh les beaux commentaires  !  Je reconnais bien chez Eric l'homme des chiffres et chez Paul le sens de l'humour . Merci à tous les deux.
Yvon



Paul LESCALLIEZ 07/10/2010 20:43



Mais si, mais si Eric, moult militaires ont fait le mur pendant leur service national, au quarante tro,  comme ailleurs! 


Pour moi, chasseur alpin, ce ne fut pas commode, avec les skis !!!!!


Vous avez de la chance, Yvon, de mes balades autour de la citadelle je n'ai récolté qu'une bouteille de bière vide, de 1664 (quand même) On échange ?


Blague à part, instructif cet article, ainsi que le commentaire! Merci.


Paul


 






ERIC DARQUES 07/10/2010 14:51



Cette Citadelle, j'y ai fait mon service militaire, et à l'époque je la voyais de l'intérieur la fameuse porte Royale...quel régal. Il est dommage, qu'à ce moment on ait pas étudié ma
proposition: Que chaque appelé brosse son mètre carré de brique implanté sur l'enceinte...je suis certain que ça aurait permis de le faire rapidement et à moindre coût...bien entendu sous la
surveillence éclairée d'un architectes des bâtiments de France.


Livrons nous à un petit calcul. Sachant le le tour de la citadelle fait 1825 Mètres....donc nous pouvons déduire que nous avons 2000 mètres linéaires de briques. Prenons l'hypothèse que les murs
fassent 25 mètres de hauteur (ce qui n'est pas le cas), nous arrivons à une surface de 50 000 M²...Si nous considérons qu'il y a deux faces...ceci nous fait 100 000 M² de briques à brosser et
rejointoyer.


Nous étions à l'époque 2000 appelés au 43ème RICCA... donc 100 000 M²/2000 appelés = 50 M² par appelé. c'est à dire 1M² par semaine.


Allez je vous fais le tout en 18 mois...pour un coût dérisoire...Je me souviens qu'à l'époque laseule restauration de la face intérieure de la Porte Royale avait coûté 3 800 000 Francs (soit 580
000 Euros)...alors que nous étions là à ne pas faire grand chose...Dommage.


Ceci dit dit, ça m'a permis de voir travailler de très près les tailleurs de pierre, tous compagnons du devoir. Il fallait les voir ajuster au millimètre des pierres de 150 Kg...du grand
art...une belle leçon de perfectionisme. Il fallait les voir donner le coup de maillet mesuré sur le burin posé à l'endroit précis où la pierre devait se fendre et se fendait...suivant le coup de
crayon qui esquissait le résultat...quelles connaissances accumulées sur la dureté de la pierre, sur sa façon de se fendre, sur les veines qui la parcourent...même l'humidité ambiante était prise
en compte pour tailler une pierre.


Ces artistes, sont dépositaires d'une partie du patrimoine de La France, ils en préservent l'âme. Ils sont les passeurs d'un savoir-faire ancestral, qui réunit la passion, la prefection et la
beauté...c'est sans doute pour cela que la Citadelle de Lille est la Reine des Citadelles.