MONSIEUR QUENU

Publié le par lambersart-yvon cousin

mon-college-a-l-heure-allemande.jpgJe vais rarement aux cérémonies hors de Lambersart mais samedi dernier je me suis rendu à Armentières à l'invitation de l'Association des Anciens Elèves du lycée Paul Hazard,dont je suis membre. Après l'assemblée générale ,était programmé le dévoilement d'une plaque en l'honneur de M.  Quenu, aujourd'hui décédé.

Comment ai-je pu m'associer à l'hommage rendu à un homme qui m'avait tellement traumatisé lorsque j'étais élève de ce qui s'appelait alors « le Collège d'Armentières » ?

M.Quenu y était surveillant. Une terreur . Dans une salle de permanence de 60 élèves, aucun n'osait parler et même chuchoter de peur de se voir infliger 12 alexandrins de Victor Hugo extraits de « La légende des siècles » ou de quelque autre poème aux références bibliques ésotériques.

La rumeur, devenue légende prétend même que M. Quenu surveillait les élèves par un trou dans le journal qu'il tenait devant lui . Comment peut-on rendre hommage , 30 ans après sa mort, à un homme aussi cruel ? Comment puis-je effacer la terreur qu'il m'inspirait alors que j'avais une dizaine d'années ?

Mon regard a changé quand j'ai appris que M. Quenu et son épouse avaient été reconnus, à titre posthume, comme «  Justes Parmi Les Nations » , un des titres de reconnaissance les plus respectables.
Ils avaient en effet, entre 1942 et 1945, au péril de leur vie, recueilli, nourri et entouré d'affection 2 petits enfants juifs de 3 ans,traqués par les nazis.

Me Ernould qui fut leur amie dit d'eux «  qu'ils ont toujours eu le souci de faire le bien autour d'eux.Ils étaient catholiques pratiquants et ne manquaient pas d'appliquer leur amour du prochain à chaque instant du quotidien. Les enfants avaient de faux papiers appartenant à des enfants décédés lors des bombardements de Dunkerque. Beaucoup d'amis n'étaient pas dupes et savaient pertinemment que ces enfants n'étaient pas leur neveu et nièce... »

J'ai donc vu M. Quenu sous un autre jour et je me suis joint samedi à l'hommage que l'on rendait à l' homme que j'avais tellement craint .

Le temps estompe certes les tourments du passé. Il n'empêche qu'une question subsiste dans mon esprit : comment un même homme peut-il se montrer aussi sévère et aussi généreux ?

 

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yvoncousin 24/05/2012 16:00


Conseiller municipal  ??  Ouf  ! les adjoints l'ont échappé belle  !!!

JP DUTHILLEUL 24/05/2012 09:54


et si la vraie générosité, le vrai don de soi, était justement de ne point craindre l'impopularité, pourvu que cette sévérité si décriée amène à se conduire mieux, à étudier mieux, à inculquer le
respect des êtres et des choses.


Le laxisme, le laisser faire ou aller, outre le côté facile, peuvent s'avérer pernicieux, s'ils s'adressent à des éléments faibles et influençables.


J'ai connu en primaire un monsieur Wiard ( je ne garantie pas l'orthographe) qui était lui aussi une véritable terreur; une récré surveillée par lui présentait tous les caractères d'une veillée
funèbre, sa classe n'avait rien à envier au silence conventuel... des décennies plus tard, je sais ce que je lui dois, il fit de moi, en une année, du cancre de la classe un "brillant" sujet....
c'était l' année scolaire 58  59 Je me souviens encore avec quelle facilité j'ingurgitais les leçons de grammaire , assis sur son genou, lui, armé d'une règle ..... dont il n'avait nul
besoin de se servir, la menace suffisait !!!! Disons le de suite, un tel enseignant aujourd'hui serait exclus depuis longtemps de tout poste... et moi j'aurais fini.... j' sais pas moi....
conseiller municipal ...!