MON PERE AVAIT 26 ANS (17 )

Publié le par lambersart-yvon cousin

 

SAMEDI 28 SEPTEMBRE        Marie Madeleine a 17 ans . Où es-tu ma chère petite soeur ?Il te faur du courage et je prie pour que la Providence t'accorde à toi aussi la grâce de na jamais connaître le découragement

 DIMANCHE 29 SEPTEMBRE      J'assiste à la messe .De plus en plus je m'aperçois que l'automne est venu. Et on ne parle plus guère de notre départ . Au fait, partirai-je un jour vers la France avec les grands blessés ? Je ne sais plus si je dois l'espérer .Pendant que je suis là,privé de nouvelles,mon petit Yvon grandit . Il a 19 mois à présent .Les responsables de toutes les guerres comprendront-ils un jour combien ils sont inhumains ? Je me fais violence pour garder un bon moral .

 LUNDI 30 SEPTEMBRE    Je vais faire mes lettres pour le 1/10 ce matin .Comme je n'ai pas encore de réponse de ma femme, je vais tenter ceci : écrire au directeur des Chemins de fer*, administration en possession de l'adresse nouvelle de Marguerite* au cas où elle aurait évacué. Je fais donc cette lettre et une carte destinée à ma femme . Après le repas de 11H, je descends au réfectoire, ce que je n'avais jamais fait . Je vois tout un paquet de lettres et de cartes qu'on apporte. Je n'ose pas espérer être parmi les heureux destinataires. Aussi je suis bouleversé d'apprendre peu après que je compte au nombre des « veinards » . Mon émotion est très grande quand je reçois les papiers précieux où tout de suite je reconnais des écritures bien chères . Et ma joie est inexprimable quand leur lecture m'annonce de bonnes nouvelles ., de toi ma petite femme bien aimée , de mon Yvon chéri, de ma mère, ma soeur, beaux parents etc....Toute mon après midi est occupée à relire ces bonnes missives, à les détailler . Quel réconfort ! Quel bonheur ! Je me souviendrai toute ma vie de ce 30 septembre . J'ai pleuré de joie .

 MARDI 1er OCTOBRE Je me surprends à relire encore mes lettres. Cela m'arrivera souvent , très souvent . Il y a tant d'affection , tant d'amour, de tendresse dans ces lignes que je ne me lasserai pas d'y trouver des raisons d'espérer des jours meilleurs . Et je me représente celles qui les ont écrites ces lettres : ma femme adorée, les yeux rêveurs embués de larmes penchée sur son papier, levant de temps en temps la tête vers un bambin trottinant, comme pour l'associer à son acte qu'elle accomplit avec ferveur et confiance - ma bonne maman dont le coeur serré se dilate au fur et à mesure que la main trace les lignes qui diront à son fils que tout va bien et qu'elle espère ...-la chère petite soeur qui de son écriture appliquée en passant la langue comme beaucoup d'écolières ,sait dire tout simplement des choses qui font du bien . Je réponds à ma femme à qui j'adresse une carte et une lettre . Je me reprends à espérer ma libération prochaine et mon retour en France .

* Marguerite , ma mère , travaillait aux "Chemins de fer"

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HERNANDES JF 14/08/2010 08:39



Enfin des bonnes nouvelles réconfortantes pour ton papa, je comprends son émotion... c'est un homme courageux...