MON PERE AVAIT 25 ANS (6)

Publié le par lambersart-yvon cousin

 

....MARDI 21 MAI     Quelques minutes s'écoulent . Un copain de mon groupe,David Virgile de Gravelines ( ou Majérus , je ne peux l'affirmer ) m'emporte sur son dos . Me voici au poste de secours français. Un camarade est déjà là , il râle . Bientôt David (ou Majérus ) repart comme je lui ai dit . Mon voisin expire ...

Toujours le bombardement fait rage, toutes les vitres de cette maison sont brisées .Je me demande encore si tout à l'heure une bombe ne va pas m'achever . Par intermittences, j'appelle " au secours " ...sans résultat . Le sang coule toujours . Je n'ai pas de pansement individuel ; et d'ailleurs je pense que je n'aurais pas la force de l'appliquer .

 Depuis combien de temps suis-je là ? Je pense que nous sommes dans l'après-midi . (plus tard, en écrivant ces lignes je me demanderai si ma montre était cassée ou simplement arrêtée, à moins que je n'aie pas eu l'idée de la consulter ) . J'ai une soif terrible . Je me passe aux lèvres le goulot d'une bouteille qui a contenu du vin blanc et qui est à portée de ma main . Je me tourne et me retourne .

On ne bombarde plus le secteur . Sans doute que les Allemands ont eu raison de notre résistance . J'entends du bruit . On parle .J'appelle . Deux soldats sont près de moi ; prêts à faire feu . Ils me regardent , l'un d'eux me verse dans son quart un peu de café . Ça fait du bien . Puis ils partent . D'autres viendront encore et me donneront des biscuits et du chocolat . Un peu plus tard , et ces moments semblent interminables , quatre soldats français du 84ème accompagnés d'Allemands m'emportent dans une couverture . Je souffre .

 Dans la maison où l'on m'amène, des camarades sont déjà là, blessés eux aussi . J'y trouve Jean Frison sergent chef à ma compagnie . Il est triste . Un médecin français me fait un pansement et une piqûre de sérum antitétanique. La nuit tombe , la douleur est plus forte que le sommeil . Les gémissements des uns et des autres rendent ces heures lugubres à l'impossible .

 MERCREDI 22 MAI      De Jean Frison j'ai appris que l'agent de transmissions de notre section , Delebecque , avait été tué . Concernant le lieutenant Frison,j'ai cru comprendre qu'il avait perdu la raison . Jusqu'alors je n'ai pas perdu connaissance et je pense que cette matinée j'ai sommeillé un peu .

 J'ai soudain entendu un cri «  LEBAS ! » poussé par Jean Frison .  Lebas  ! ,peu après ,on l'emporte . Il est mort...

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