ASPIRANT GENEVIÈVE MARCHANT (6)

Publié le par lambersart-yvon cousin

G-Marchant-et-la-police.jpgASPIRANT GENEVIÈVE MARCHANT (6)

Notre paillasse était sur le point de rendre l'âme quand le général de Gaulle ordonna après nous avoir visitées qu'on nous fournisse des lits miltaires avec des draps.J'ai regretté un moment le confort de la paille chaude mais c'était un soulagement de se glisser dans des draps propres au lieu des couvertures qui, bien que propres,propageaient la gale. Heureusement nous y avons échappé. On atteignit le sommet du luxe quand une charmante entreprise « Bonsoir » nous fournit à chacune deux magnifiques pyjamas et que « Monsavon » nous offrit du savon à l'odeur raffinée de lavande.Exactement comme en temps de paix !

Nous allions à la messe dans notre propre chapelle. Le général de Gaulle y venait chaque fois qu'il pouvait. Sa dévotion était remarquable. Il nous impressionnait et comme on nous avait dit de ne pas le dévisager et de ne pas nous laisser distraire, tout ce que je vis de lui c'était son ventre...Mais il était aussi très paternel à notre égard comme le jour du terrible bombardement de Hill Street . J'entends encore ses paroles : « tout a une fin dans la vie même les malheurs ».

Une promotion entraînait un changement de poste. C'est ainsi que je me retrouvai un jour dans la police militaire.Notre groupe, d'abord réduit en nombre grossit et rassembla une grande variété d'hommes. Trois me reviennent vivement en mémoire.L'un se délectait à lire « Les dames blanches de Worcester ». Il était tellement pris qu'il ponctuait sa lecture de grognements et de commentaires « Oh,Marchant, la cochonne, oh,la salope » grunt, grunt...Un autre était capable de trouver et de rapporter ce qu'on ne pouvait trouver nulle part mais il ne fallait pas chercher à savoir...Le troisième, un paysan normand que j'ai d'abord pris pour un idiot était très malin.Il avait obtenu l'autorisation de dormir au dernier étage du Q.G. du général de Gaulle avec vue imprenable sur St'James Park et le Mall.

Mon travail consistait parfois à retrouver ceux qui ,désertant la fantaisie de leur régiment allaient retrouver leur belle dns le quartier romantique de Soho. Quand un déserteur était particulièrement difficile à attraper, nous alertions Scotland Yard.. L'un s'est fait prendre parce qu'à la porte de la femme qui l'hébergeait il y avait trop de bouteilles de lait et qu'elle rentrait trop de provisions.Un autre , se faisant passer pour un indicateur , nous prévint qu'il était en Ecosse.Deux agents s'y rendirent et revinrent bredouilles puisque notre homme se trouvait chez sa soeur dans la direction opposée.Il s'était fichu de nous mais nous arrivâmes à le prendre quand même.Quelques cas de filature restaient sans fin. Nos rapports se terminaient alors invariablement par « la recherche continue avec la plus grande énergie ».

 Plus tard j'ai aussi passé un mois avec la police militaire de l'armée de l'air (RAF).Un sergent m'a pris avec elle pour enquêter, arrêter et même conduire un prisonnier dans sa geôle.Un jour, juste après 6H selon la loi française, nous nous sommes présentées à un appartement où devait se trouver une fugueuse. Un charmant gentleman en pyjama et nu-pieds nous assura qu'elle n'était pas là. Comme nous n'avions pas d'ordre de mission, l'affaire s'arrêta là pour nous. Mais pas pour elle, car aujourd'hui elle me poursuit encore de sa haine.

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