ASPIRANT GENEVIÈVE MARCHANT (4)

Publié le par lambersart-yvon cousin

defile-g-marchant.jpgASPIRANT GENEVIÈVE MARCHANT (4) Nous marchions, nous faisions de l'exercice,nous apprenions à saluer les officiers, nous avions des cours etc...Puis vint le temps d'être affectées au front.

Un matin nous devions aller dire au revoir à madame X, officier d'état major très gradée.Elle nous reçut dans une immense pièce où en face de la cheminée se chauffaient deux superbes chiens. Elle nous adressa des mots aimables puis , se dégantant, elle nous serra la main  . Nous étions saisies d'admiration et de respect et tellement impressionnées qu'à notre tour  nous lui serrâmes la main avec nos gants de laine kaki. Elle a dû s'étonner de la politesse française.

A la gare de Waterloo nous avons rencontré une personne que nous ne connaissions pas.Une femme grande et corpulente. Soudain je reçus un grand coup de coude dans les côtes et Gruner murmura « -Salue la ! C'est un adjudant. Elle vient de me flinguer ». J'ai donc fait un salut magnifique et j'ai compris qu'elle avait apprécié.  C'était une héroïne de la première guerre mondiale qui aboyait plus qu'elle ne mordait . L'avenir prouva que c'était une femme très agréable.

Notre premier casernement se trouvait à Hill Street dans un hôtel particulier appartenant à la famille Rothschild. Notre chambre devait être autrefois une « galerie des glaces » et entre chaque panneau de verre nous avions installé nos lits de manière rudimentaire. La « tigresse » nous montra des tas de paille et avec délicatesse nous informa que nous aurions à remplir nos paillasses le mieux possible si nous voulions bien dormir.
Sur nos uniformes le mot « FRANCE » fut apposé en lettres énormes, ce qui provoqua quelques incidents avec la population de Londres. Une volontaire nous raconta qu'elle avait rencontré un officier anglais qui lui demanda si elle portait réellement une culotte kaki et s'il pouvait jeter un oeil. Une autre ,dans un bus,se vit traiter de noms affreux. Pour certaines personnes nous avions conduit l'Angleterre au désastre. Heureusement un article du Picture Post nous présenta comme des « femmes courageuses » et retourna l'opinion en notre faveur.

Dès le premier jour je fus affectée au Quartier Général à Carlton Gardens.En rentrant au quartier pour y déjeuner j'ai été apostrophée par une bretonne au visage d' ange qui se précipita vers moi m'affublant de toutes sortes de noms dont « paillasse d'officier » parce que je n'avais pas pris mon tour de corvée à la cuisine. Je fus tellement choquée que je fondis en larmes devant un parterre d'officiers et je décidai d'abandonner immédiatement . Dès mon retour à Hill Street j'ai voulu rencontrer le lieutenant Mathieu pour lui faire part de ma décision irrévocable. Elle me rappela gentiment que j'avais signé pour servir jusqu'à la fin de la guerre plus trois mois à disposition de l'administration française et que rien sur terre ne pouvait changer cela. Après reflexion je décidai donc de reprendre le travail en cuisine comme beaucoup de mes camarades et de passer outre les sourires de mon ennemie du matin.

Quand un dimanche matin on m'appela d'urgence pour préparer le repas, j'y suis retournée. Idiote que j'étais ! Le chef et ses acolytes me mirent devant une montagne de légumes à nettoyer, à peler etc...tandis qu'ils dégustaient un café et souriaient en me dispensant leurs bons conseils. Ce fut une bonne leçon et j'ai compris alors la devise sacrée de l'armée . JAMAIS VOLONTAIRE.

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