ASPIRANT GENEVIÈVE MARCHANT * (2)

Publié le par lambersart-yvon cousin

     Mon mari et moi nous habitions à Brixton, un faubourg de Londres qui allait être l'un des plus frappés.Les nuits étaient un véritable enfer.Les aboiements annonçaient les raids aériens - les chiens avaient un sens infaillible de l'anticipation - et alors les bombes tombaient. Tout le monde était terrifié à l'exception de quelques uns que je ne pourrais qualifier d'humains. L'un, le « père George », était notre voisin et la sentinelle des raids aériens.Dès que la sirène retentissait, il mettait son casque noir,jetait son masque à gaz sur l'épaule et partait dans la nuit aussi calmement qu'il serait allé à la pêche. Il patrouillait dans les rues sous les obus qui tombaient sur les toits.Je le croyais vraiment fou.
Plus tard j'ai compris le calme du peuple anglais plein de courage que rien ne pouvait ébranler.
 
Le vieux laitier était lui aussi un héros, assurant régulièrement sa tournée sous la pluie des. bombes ,conduisant son fidèle cheval aussi placide que lui. Rien ne pouvait leur arriver ,protégés qu'ils étaient des dieux du courage et de l'innocence.

Les souvenirs de Londres en feu sont inoubliables.Les docks d'abord avec leurs hangars pleins de bois et de papier pour l'imprimerie des journaux mais aussi les immenses dépôts de nourriture qui brûlaient frappés par des bombes incendiaires avec des flammes visibles à des kilomètres. Des myriades d'escarbilles ou de morceaux de papier flottaient et volaient dans l'air comme des insectes lumineux .

Nous étions plusieurs familles dans notre immeuble et dès que la sirène sonnait l'alerte nous nous précipitions dans un placard minuscule sous l'escalier.Il n'y avait ni abri ni cave.. L'une des femmes , terrifiée, couvrait son fils de son corps et criait «  Ces étrangers, ces Belges ,ces Français, ces maudits étrangers »  , crachant presque le mot  Eééétrangers, braillant sa haine envers tous .Sauf que j'étais la seule étrangère présente.
J'aurais voulu mourir puisqu'elle me rendait presque personnellement responsable de la défaite et de la guerre. Nuit après nuit je subissais cet enfer. Je savais que ses insultes arriveraient aussi sûrement que les bombes. Pourquoi n'avais-je pas suffisamment de courage pour quitter ce lieu ? Par couardise . Mais je sentais monter une telle haine envers elle que j'aurais pu la tuer pour lui clouer le bec. Soudain une idée brillante me vint. Je devais me mettre à tricoter.Ce fut mon salut. Je me mis à enfoncer l'aiguille comme si je lui transperçais le coeur.Une maille à l'endroit, une maille à l'envers . Je ne l'entendais plus et je devenais experte en coups d' aiguilles ,sur elle et sur Hitler...

*N.B. Le texte de Geneviève Marchant est en anglais. Je choisis les passages les plus évocateurs et l'esprit du récit plutôt que sa traduction littérale.

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Marie-Christine 02/11/2012 17:48


Quelle belle leçon de courage !