LES SEPT COQUILLARDS (10/10 )

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Quand la salle reprit ses esprits, Sigisbert le vrai descendant de Lambert défricheur- fondateur légendaire de Lambersart put faire une annonce presque aussi surprenante que la précédente. -"C'est le roi lui-même qui m'a demandé de me croiser ,dit-il modestement. Il m'a même livré son stratagème .Au lieu d'aller directement vers les lieux saints m'a-t-il confié,on fera escale en Sardaigne où j'ai de la famille,puis on ira prendre Tunis et après on fonce vers Jérusalem par la route terrestre
 -Génial mon bon sire que j'ai dit. A mon retour j'emploierai la même ruse pour conquérir l'Isle et faire plier ces Lillois arrogants.Je ferai semblant de les attaquer par la Deûle, et hop, j'arriverai par La Madeleine !"
 Le plan de Louis s'est déroulé comme prévu, avec débarquement en Sardaigne et trois jours de quartier libre.Les Sardes nous ont très bien accueillis; la dessus il n'y a rien à redire . Au port j'avais même repéré une très jolie fille et un soir j'ai voulu aller l'honorer d'un bel canto comme font les Italiens.Hélas elle n'est pas apparue.
 -Pas étonnant,coupa Clovis tout étonné de son propre humour, le soir les Sardes dînent !
- Etait-ce un mauvais présage ? continua Sigisbert , la suite de notre croisade fut attristée par une nouvelle qui se répandit dès notre arrivée à Tunis.Le roi disait-on était malade.Il abandonnait de plus en plus souvent et précipitamment son siège de justice pour un siège percé.Au début on en riait - "il coule mais ne sombre pas," plaisantaient même certains, mais la rumeur enflait : Saint-Louis a la fièvre,St-Louis se vide.
 Un soir le roi nous fit quérir tous les sept. Sous sa tente il nous ordonna d'approcher et nous dit -"Preux chevaliers du Nord,je vais bientôt vous quitter pour l'Au-Delà.Mon départ est doux car je sais que vous défendrez les terres froides de mon royaume. Il poursuivit :
J'ai trois choses à vous demander.Tout d'abord, restez "unis comme les arêtes d'un hareng," dit-il blême mais souriant en fixant Godefroy de Ghyvelde,notre spécialiste des affaires maritimes .
Ensuite, puisque l'appétit me manque maintenant, partagez-vous au jeu d' osselets les coquilles de coeur,que vous m'avez offertes. Vous les porterez désormais sur vos armoiries .Et au Nord du royaume, vous serez les seuls, vous sept, à porter ces coquilles.Vos coeurs sont généreux,je veux que vos sceaux,vos écus et vos bannières en témoignent.
 Enfin,voici ma dernière volonté. Chaque année , à la fête du saint patron de votre paroisse,après l'office religieux où vous prierez pour le repos de mon âme, réunissez-vous chez l'un ou l'autre et festoyez avec vos paysans,vos marchands,vos artisans et les gueux de votre seigneurie.
Et le roi s'en est allé...Notre croisade était terminée. Certains ont voulu continuer, pas nous.On est rentré la lance entre les jambes.
- Clovis ! par Saint-louis, reverse donc un bock à tout le monde ! ordonna Sigisbert.Le roi a bien dit qu'il fallait festoyer,non ?
Voilà, Mesdames et Messires la véritable histoire des coquilles de coeur sur nos sept blasons, voilà pourquoi aujourd'hui,fête de Saint-Calixte,nous voulons qu'au nom du roy Louis le neuvième,grande feste et réjouissances nous soient offertes ,ainsi qu'à nos amis.
 La radieuse Cunégonde sortit alors de sa cuisine,essuya une larme et les mains à son tablier et vint "faire sa baisse" à chacun des chevaliers.
- Que la Nouba commence ! s'écria Sigisbert employant ainsi un mot du jargon des croisés ; mais chacun comprit bien que  c'était l'heure de la ribouldingue qui était venue.On sortit la vièle ( attention à l'orthographe. Il ne s'agit pas de l'Anglaise qui avait fort à faire en essayant de recracher sa fève),on sortit aussi la cornemuse,la flûte et le luth.
Audouin se servait de son G.P.S. pour marquer le rythme,Enguerrand essayait d'accrocher un hareng dans le dos de Tristan. Eudes certifiait à Trou-la-la -itou. que c'était ça" la belle époque" tandis que Godefroy promettait que si un jour il y avait du sable à Lambersart comme à Ghyvelde il se faisait fort d'amener un banc de harengs dans la Deûle. Comme dans tout bal-folk les sabots claquaient et ici la bière du Colysée coulait à flot. Les rares chansons courtoises étaient couvertes par le charivari et les les chants paillards.
 La nuit était bien avancée quand se présentèrent à la porte deux soldats du guet. "-Y a trop de bruit ici, cria le chef. Cunégonde,en maîtresse de maison responsable se précipita.
 -Excusez-nous, Monsieur l'agent, voyez comme nous prenons fort et grand plaisir aux chants et à la danse. ---Veux pas le savoir,! reprit le sergent .Si vous n'arrêtez pas la danse, moi je vous mets une contre-danse !
A ce moment son collègue lui chuchota quelque chose et le sergent,après un coup d'oeil circulaire à la salle dit d'un ton mielleux :
-Oh, messire Sigisbert, vous étiez là.? Excusez-nous. Nous ignorions que c'était la feste de la Septième Compagnie. !  Et ,s'adressant aux compagnons de Sigisbert il ajouta avant de refermer la porte doucement : Profitez bien ,Messires, ici à Lambersart nous cultivons le bien-vivre, le bien-vivre, le bien-vivre..........

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