LES SEPT COQUILLARDS (9)

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Contrairement à son prédécesseur, messire Godefroy de Ghyvelde n'était pas un lutteur mais un marin. A la chasse dans le célèbre "camp du perroquet" voisin, il préférait la pêche aux harengs et aux crevettes grises. Au château tout le monde connaisait son célèbre jeu de mots "Quand le hareng sort, la pêche rit".On le respectait aussi beaucoup car on le considérait comme le premier inventeur des aquariums opaques pour poissons timides
. Les harengs saurs étaient son régal et chaque fois qu'il avait un cadeau à faire il en offrait.Il ne comprenait pas que ses cadeaux ne fussent pas toujours appréciés.
"Pour mon roi, dit-il, j'avais fait remplir une malle de produits de la mer. Sur un lit d'une cinquantaine de coquilles à la forme de coeur que j'étais allé récolter moi-même sur les plages normandes et que mon cuisinier Adhémar avait préparées,j'avais fait disposer des kippers, des rollmops et des crevettes grises de chez nous- .Entre nous, l'idée de ce cadeau m'avait été suggérée par mon voisin le seigneur de Middelkerke ,un bon copain à moi,une sorte de dalaï-lama de la belgitude,aux conseils toujours avisés.
-" Avec un cadeau comme celui la m'avait-il dit, tu pourras certainement approcher le roy."
" Pensez donc ! On était peut-être 8O.000 à Aigues-Mortes, prêts à embarquer. Il y en avait partout des croisés. Moi je suis arrivé juste avant le chêne royal...
 -Un chêne? interrompit Clovis une bière à la main.
 -Oui, reprit Godefroy, vous ne le savez sans doute pas car ça fait partie des secrets d'Etat,mais St-Louis était un peu capricieux . Il ne voulait rendre la justice que sous un chêne de Compiègne.Sigisbert avait bien tenté, hein Sigisbert ? de lui fourguer un chêne de Lambersart mais le roi avait refusé en disant qu'il y avait trop de glands à Lambersart. Sigisbert en avait été très affecté..
Donc, pas question de poser l'auguste postérieur sous un chêne-liège du midi," tout juste bon à faire des bouchons,prétendait-il.La justice on ne la trouve pas dans la vinasse ! affirmait-il encore et il se mettait même en colère quand quelqu'un osait prétendre devant lui que la  justice comme la vérité se trouvait dans le vin : "in vino veritas".
 C'était un bien saint-homme.Pour satisfaire le royal désir l,e service de proximité apporta donc avec rapidité et efficacité, comme toujours, un chêne de Compiègne.
C'est à ce moment là que j'ai pu approcher le roi et lui remettre mes harengs. Le roi en fut ravi. Il me dit en me prenant les deux mains : -"Ghyvelde, tu viens de me donner une idée !" Effectivement, le jour de l'embarquement général il se mit devant les troupes rassemblées et dit pour les galvaniser :
"- Croisés ! pour vaincre les Mamelouks, restons unis comme les arêtes d'un hareng !".
 Quelle gloire pour moi ! quelle idée de génie m'avait donnée mon voisin le seigneur de Middelkerke ! Je décidai de pousser mon avantage et dès le lendemain j'envoyai une supplique au roi lui demandant de permettre à ses sujets du Nord du Royaume de combattre pendant la croisade sous la même bannière.Le roi par un édit du 30 juin, veille de notre départ, ordonna la création d'une septième compagnie , une compagnie royale qui, de génération en génération serait composée des meilleurs fantassins de l' armée .
Il ordonna que la première formation de cette septième compagnie comprendrait exclusivement des seigneurs des provinces du Nord présents à sa croisade. Nous étions sept. Les sept qui sont à cette table !! lança Godefroy la voix chevrotante en désignant les chevaliers qui étaient près de lui .
 En signe de total respect ,au lieu des applaudissements qui avaient accompagné les récits précédents ,la salle de l"auberge resta silencieuse, comme tétanisée par ce qu'elle venait d'apprendre.
 On avait trouvé la septième compagnie !            ( à suivre )

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