LES SEPT COQUILLARDS (8)

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.Avec Enguerrand d'Hondschoote on entrait dans un autre monde. Enguerrand le pieux était un monument ! .Mais personne ne savait comment écrire pieux.
 Pieux ? il se disait lui même pratiquant mais pas croyant !  Pieu ? Il se vantait de certaines prouesses au lit mais allez savoir...Pieu ? c'est plutôt cette version du" lanceur de pieu" qui prévalait. Un de ses ancêtres n'avait-il pas participé aux Olympiades dans cette discipline et remporté une rondelle d'or ?
.En tout cas sa devise ne laissait planer aucun doute :"S'ils te butent; bute-les !".
 Il savait de quoi il parlait notre héros parce qu'il avait déjà fait une croisade avec Louis le Neuvième , celui que ses sujets appelaient affectueusement Saint-Louis.Cette fois là ils avaient d'ailleurs pris une raclée mémorable par le Mameluk qui avait fait prisonnier le roi et pour qui il avait fallu payer une rançon.Le déshonneur quoi. Alors depuis,Enguerrand voulait casser du Mameluk.
"- Un jour, je les aurai !" qu'il répétait souvent.Chaque jour ou presque il s'entraînait. Il s'était même inscrit au club de Fort-Boyard pour sa préparation physique et, s'il était arrivé plusieurs jours avant le grand rasemblement des croisés c'etait bien parce qu'il voulait participer au Tournoi des Vieilles Charrues de Saint-Gilles,près d'Aigues-mortes.
Ils étaient tous là les gros bras du royaume : les heaumes brillants et cliquetant de partout,les haches et les lances provocantes, les torses et les jarrets métalliques,les visières relevées pour que les Dames vissent bien leurs oeillades. Car c'était bien le rendez-vous de la force pour les uns et de la mode pour les autres. On se croisait ,on se recroisait ,on se toisait, on se retoisait jusqu'à l'extinction des feux car le lendemain ça allait cogner.
Les joutes à 1 contre 1 n'attiraient pas trop Enguerrand. Ce qu'il préférait c'était le tournoi où ils étaient quelquefois deux cents à s'asticoter.Il se croyait alors chez lui, au carnaval de Dunkerque.Et cette année là il avait gagné notre Enguerrand.
-"Quelle joie,Messires , quand les hérauts m'ont déclaré vainqueur!  s'exclama-t-il.J'avais moi aussi ma rondelle d'or ! C'est mon coach de Godevaersvelde qui était aux anges ! Bien sûr j'ai dédié ma victoire à mes parents. Comme le veut la tradition, les damoiselles du château m'ont ôté mon armure et m'on revêtu d'un costard scintillant d'or. Même que mes écuyers ne me reconnaissaient pas. En plus elles m'ont aspergé d'eau de pissenlit. En plus encore, la place d'honneur au banquet qui clôturait les festivités, c'était pour moi !
.Et comme le tournoi se déroulait aux portes de la Camargue pour qu'on puisse emporter de la viande de taureau à la croisade,on m'a servi les plus beaux morceaux de la bête. Pas les rognons ; en dessous.Ces morceaux là m'a dit ma voisine de table ,une châtelaine fripée, sourde et bossue., vous verrez,c'est très énergétique, c'est plein d'oméga 3 et ça donne des idées. Feu le comte mon mari..
.Elle fut interrompue par l'éclatante Cunégonde qui apportait le fromage. Cunégonde,une chanson ! réclama la salle. Cunégonde,une chanson ! Beaucoup connaissaient la chanson douce de Cunégonde. La chanson douce que lui chantait sa maman. Elle entonna donc :
-"Cunégonde aimes-tu le fromage ?
Oui maman avec du sucre dessus
 Mon enfant ce n'est pas l'usage,
 alors Maman tu peux t' le mettre au cul !"
 Devant tant de finesse la salle s'esbaudit à nouveau. Chacun riait à gorge déployée surtout la pélerine anglaise qui s'égosilla à annoncer qu'elle avait la fève... qu'elle avala en s'étranglant ! Elle qui rêvait d'être la queen de la fête.
Godefroy de Ghyvelde dut attendre un long moment avant de pouvoir s'exprimer ...           (à suivre )

 

 

 

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