LES SEPT COQUILLARDS (7)

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La tendre Cunégonde mit tout de suite les pélerins au parfum. Expression peut-être inadaptée vu la forte odeur d'huile rance que dégageait son tablier. "Bon, aujourd'hui, nous avons :
- un potage aux pois cassés et feuilles de radis de St-Calixte ;
-une omelette Mère-Poulard accompagnée de fricandelles d'Armentières et de miel de Lompret ;
une terrine de pasté de lièvre aux estourneaux de pays le tout arrosé d'un vin de Brest ;
 le hochepot du chevalier avec ses haricots aromatisés au lait d'ail ;
 en rôt, le renifleur façon sanglier accompagné de lentilles au lard de St-André et de choux de Verlinghem ;
en fromage,j'ai un beau "fourré aux moines" sur lit de feuilles de chêne et glands de Lambersart ;
 en gasteries je vous ai préparé un croisé au chocolat et comme boute-hors, je vous offrirai une eau furieuse de Wambrechies.
 Je mets le sel, le poivre et le pain sur la planche. Si y en a pas assez, Clovis est à votre service .Questions ?
 Seul Trou-la-la-itou osa demander ce qu'était un "renifleur façon sanglier"
-.Pas de problème,Monseigneur répondit Cunégonde. Un renifleur, c'est un cochon qui comme tous les cochons met son groin partout où il ne faut pas. (Les deux gueux du fond se mirent à nouveau à pouffer de rire). Chaque année quelques jours avant la St-Calixte on en tue un pour ne pas devoir le nourrir pendant l'hiver.Mais cette année cet empoté de Clovis l'a laissé s'échapper. V'là not' cochon qui courait. Qué malheur ! On était dix à le poursuivre, la plupart en liquette car il était cinq heures du matin et on ne l'a rattrapé qu'à des arpents  d'ici, à mon Garin* .Et on a eu bien du mal à l'occire !  Alors c'est tout simple que j'ai dit :Puisqu'il s'est comporté comme un sauvage je m'en vais le cuisiner comme un sauvage : au verjus !
Tout le monde, sauf Clovis qui avait un air renfrogné, applaudit, ce qui enhardit la vieille pélerine anglaise intriguée par le "Fourré-aux-moines".  - Ils sont fourrés à quoi les moines ? demanda-t-elle naïvement (nouveau fou-rire des gueux du fond, accompagnés cette fois du rire gras de Popovitch, un cosaque que Messire Jehan-Qui-Cante avait ramené d' Ukraine.
-"Milady, répondit Cunégonde, le Fourré-aux-moines est une spécialité de notre abbaye. C'est l'ancêtre des galettes des rois. Chaque année, à la St-Paulin qui comme chacun sait est le saint patron des moines-fromagers, les moines glissent des fèves dans leur fromage. Celui qui a la fève gagne une bouteille de vin de messe.Rien de tel pour mettre de l'ambiance au monastère !
- Merci dit la milady un peu dépitée. Je ne vais certainement pas gagner, je suis protestante.Mais je vais quand même proposer qu'on mette une fève dans le pudding de notre queen.
La-dessus le petit Aymeric de Buyscheure qui s'impatientait prit la parole pour expliquer sa croisade. Cette croisade affirma-t-il fièrement, ça a été du top-bonheur. J'ai rempli mes deux objectifs. C'est vrai qu'il travaillait toujours par objectifs Aymeric.
Premier objectif : piquer des chevaux aux Arabes.C'est fait j'en ai ramené cinq. J'en avais marre de mon Boulonnais qui se laisse même dépasser par le corbillard !
Deuxième objectif atteint aussi:vaincre ma peur des brigands.Parce que Messires, la faim,le froid,la chaleur et les loups sur les chemins ce n'est rien à côté des voleurs qui veulent vous détrousser. Mes bourses, j'y tiens.! Moi ça m'est arrivé du côté de Tarascon. J'ai vite compris que les deux aubergistes qui insistaient pour que je loge chez eux étaient des voleurs qui voulaient savoir où je cachais mes écus.Je me suis fait passer pour un muet. Les deux truands m'ont bien restauré et après, pour être certains que j'étais  un vrai muet et que je ne dirais rien de leur forfait, ils m'ont soumis à l'épreuve du chat noir.Ils m'ont attaché sur  le ventre sur la table, ils ont posé le chat sur moi et lui ont tiré la queue à de nombreuses reprises.J'étais griffé au sang mais je n'ai rien dit.En plus mes écus je les avais cachés sous la queue de mon cheval.
Bravo, Aymeric, quel courage ! applaudirent les convives que les bières enflammaient.

Vite, à toi Enguerrand......(à suivre)

*Les historiens apprécieront cette contribution essentielle aux recherches. Comme vous le constatez ici, Mont Garin n'a aucun rapport avec un mont.C'est un diminutif du patois "maison".Comme on dit je vais "à mon Desruelle", c'est à dire chez Desruelles ; on peut dire "à mon Garin" c'est à dire chez Garin.  Mais qui est Garin ?
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