LES SEPT COQUILLARDS (6)

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Comme je vous le disais, j'ai décidé de mettre un bouc devant mon étendard chaque fois que je défilerai et personne d'autre que moi ne jouira de ce privilège !. Sauf les légionnaires ajouta -t-il après reflexion .Il se rassit en tapant sur l'épaule de son voisin comme pour l'encourager '"A toi tristan de Gondecourt !"
 -"Je préfère vous le dire tout de suite,commença Tristan, je ne suis pas un croisé comme les autres "
 Il n'avait pas besoin d'insister, ça se voyait. Maigre à faire la promo d'un régime basses-calories,il avait en outre l'allure d'un intellectuel égaré ou d' un dromadaire devant une cathédrale gothique.C'était assurément le maillon faible de la bande.
"-Moi,guerroyer en Terre-Sainte,ça ne me dit  trop rien. Mon rêve , poursuivit-il , ce serait d'être trouvère,troubadour ou ménestrel et d'aller de cour en cour conter l'amour courtois. Mon nom m'y prédestine d'ailleurs ,continua notre intello.:" Conte-de-cour. transformé en Gon-de-Court, " ,comme mon fief.
Je serais un conteur de cour !
- Un con - tout -court,susurra à son voisin un gueux du fond de la salle, ce qui les fit bien rire sous cape.
-J'ai moi-même écrit un poème lyrique ( ...à ces mots Trou-la-la-itou se mit à bâiller...) en l'honneur de la meerveillêuse Jeâânne, notre ancienne comtesse,ajouta-il avec cet accent brialy qui lui allait si bien.
Savez-vous Messeigneurs que cette meeerveillêuse Jeâânne s'est mariée à 12 ans avec Ferrand de Portugal dont elle était follement amoureuse ? Malheureusement Ferrand fut fait prisonnier à la bataille de Bouvines et interné pendant 12 ans . Jeânne s'alanguissait...
 Elle alla souvent plaider sa libération, même une conditionnelle , auprès du connétable du Roy.
Ce dernier ,pour la revoir,fit traîner les choses car il était tombé amoureux d'elle .Il lui fit envoyer à plusieurs reprises par chrono-cheval des noisettes fraîches de son domaine.
Jeanne était pour le moins troublée. Elle se confia à Jehan Delabarre ,son ami,lui faisant promettre le secret absolu sur cet amour naissant.
 Oh,Messeigneurs,cet amour, ce n'était rien qui pût offusquer son confesseur, mais quand même...ce baiser sur le nez... qu'un soir elle accepta.!  Elle se disait que si le connétable avait eu meilleure vue, c'est la bouche qui y passait !
Elle en éprouva grand remords et en expiation elle fit serment de construire une abbaye à Marquette où elle irait mourir au mileu des religieuses.
 "My God !" soupira une vieille pélerine anglaise de Southborough, émue jusqu'aux larmes.
Le scribe de "La foi du Nord,la foi dans la vie" exultait : "L'amour secret de la comtesse Jeanne", voilà un titre très people !
Toutes ces émotions décuplaient la soif de notre Tyrolien Trou-la-la-itou.Il s'aventura à commander à Clovis une bière de l'abbaye. Comme une furie Cunégonde sortit de sa cuisine: '"Y a pas d'abbaye ici estranger ! Cette bière d'abbaye, c'est de la pisse d'âne. Ici on boit de la bière du Colysée, avec un "Y",signe de perfection comme dans Yvon.* !!!
 -Ne vous fâchez pas ma petite Dame qu'il répliqua presque tremblant le Teuton du Sud. Allez, pour me faire pardonner je fais vous chanter une chanson folklorique de chez nous,du nom ancien de votre auberge :
 Dans notre ville est venu (bis)
un fameux joueur de luth (bis),
il a mis sur sa boutique
pour attirer la pratique
"A l'auberge de l'Ecu" on apprend à jouer de l'épinette,
 à l'auberge de l'Ecu, on apprend à jouer du.....
(toute la salle se mit à chanter...)
Trou-la-la , Trou-la-la, trou la trou-la-l Trou-la-lère; Trou-la-la, Troula-la, Trou-la trou-la-Trou-la-la !
"On m'écoute maintenant !" dut crier la douce Cunégonde, les mains sur les hanches et le torchon sur l'épaule...            (à suivre)
*Le lecteur appréciera l'entrée subtile  et narcissique de l'auteur dans le récit , à la manière d'Alfred Hitchcock . 

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