LES SEPT COQUILLARDS (4)

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"-Une bombarde pour mes compagnons !" répéta Sigisbert.
Clovis le gringalet s'exécuta avec promptitude craignant que sa "Cucu chérie" comme il l'appelait, ne quittât ses fourneaux pour venir le rudoyer. En barman expérimenté il prépara donc la mixture vin rouge et épices qu'ailleurs en Gaule on appelait hypocras. Quand ils eurent bu quelques jattes et échangé les banalités d'usage sur le temps et les chemins encombrés malgré les prévisions de mouton futé, Sigisbert, en tant que chevalier accueillant fit le discours de bienvenue, remercia ses deux potes-vlesh  (qui venaient des Flandres) et les quatre autres ,de leur présence et mit l'eau à la bouche des convives des tables voisines en leur disant qu'ils avaient grande chance car ils allaient oüir et s'esbaudir aux récits authentiques de preux chevaliers qui s'étaient glorifiés à la huitième croisade.Un "oh" d'admiration parcourut les tables de l'auberge.
 Il n'eut pas besoin de désigner le premier à parler car les "preux" connaissaient l'ordre immuable du récit. C'est donc Audouin qui se leva."- Je suis le seigneur d'Auwoingt,dit-il, Audouin d'Auwoingt;à quelques lieues de Cambrai. Mon fief est petit, mais c'est le mien.Quelques hectares seulement de blé et de betteraves qui servent à faire des bêtises.
 A Cambrai leurs bêtises ils les font dans des chaudrons, nous les Ouins-Ouins, on les fait dans les champs. Ysolde, ma mie, me dit souvent que moi c'est pas des bêtises que je fais, c'est des conneries. C'est pas faux.Je reviens à mon histoire.
 En vérité je ne voulais pas la faire cette croisade car mon pôvre pôpâ avait été sauvagement tué à la précédente. Depuis sa mort,je vis au château avec Dame Blanche, ma mère, appelée ainsi à cause de son teint de lait battu. C'est mon suzerain le sire de Cambrai qui est venu me convaincre : 
»- Ouin-Ouin, qu'il m'a dit, tu dois te croiser pour venger ton père ! »
 Avec môman j'ai donc préparé mes bagages et de la nourriture. Surtout des haricots car j'adore ça et dans la tente collective ça me fait de la place. Vous comprenez ? Les deux croix rouges sur ma tunique c'est Ysolde,ma mie, qui les a cousues.Elles ne tiennent pas bien et je dois souvent les recoudre mais comme dit  Ysolde avec humour " quand Ysolde, y a pas de retouches !" Comme vous voyez, on rit beaucoup chez nous.

J'ai deux bons souvenirs aussi à vous raconter.Le premier c'était à mon départ. J'avais déjà fait près d'une lieue quand Dame Blanche me fit rappeler. -"Tu as oublié ton G.P.S ! " me dit-elle. J'ai vérifié,c'était vrai .Pourtant j'avais promis de ne jamais m'éloigner du château sans mon G.P.S.
C'est bien parce qu'il ne l'avait pas - son
Gourdin Pour Sanglier  - que mon père n'a pu assommer le sanglier qui lui fonçait dessus. Il a été renservé et il en est mort.
Le deuxième souvenir  m'a marqué à vie. Depuis tout petit j'ai aimé les joutes. "-On joute ? on joute ?" que je demandais toujours.Ce qui exaspérait mes parents. Alors, quand sur notre route de croisade, près de Tours, j'ai pu m'inscrire à une joute ,je n'ai pas hésité. En fait, c'était une quintaine, c'est à dire que le cavalier que je devais frapper de ma lance était un tourniquet avec un boulet. Je l'ai bien touché, j'étais content de moi, mais comme je ne me suis pas sauvé assez vite, j'ai reçu le boulet sur le crâne par l'arrière. Mes amis me disent que ça a laissé des traces et que maintenant je porte encore mieux mon surnom de Ouin-Ouin.C'est très affectif comme surnom, vous ne trouvez-pas ?"
Toute la salle applaudit à ce récit si émouvant. Cunégonde qui commençait à sentir le graillon sortit même de sa cuisine pour venir "faire une baisse" à Ouin-Ouin.
              ( à suivre)

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