LES SEPT COQUILLARDS (1)

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C'était le 14 octobre,jour de pélérinage à Saint-Calixte.
Des gueux,des manants,des serfs et quelques nobles se pressaient sur les marches et sur le parvis de l'église lambersartoise. Tous ou presque étaient scrofuleux et tenaient à la main une étoffe qu'ils avaient frottée vigoureusement sur leurs écrouelles, ces boutons purulents pour le moins disgrâcieux.Ils espéraient bien pouvoir entrer dans le sanctuaire et déposer leur tissu au pied du Saint ou près de ses reliques en espérant une guérison !
.A l'intérieur c'était plein. Les pélerins et les pélerines étaient venus de partout. Il y avait même un Tyrolien,disait on. Sans doute le grand qui s'était installé près d'un confessionnal en gardant son bonnet à plume sur la tête et qui répondait à toutes les questions par un rire niais accompagné d'un "Trou la la itou"qui voulait faire croire qu'il avait compris
. Les pélerins psalmodiaent et chantaient sous la conduite d'un maître de choeur édenté qui sautillait à chaque refrain,comme si un petit diable lui brûlait les pieds. "Calixtus, ora pro nobis! Calixtus ora pro nobis ! Calixte, prie pour nous !"scandait la foule qui s'était rassemblée dès matines.
.C'était comme tous les ans, constatait philosophe le portier-bedaud-homme à tout faire qui avait de surcroît toute la confiance de M.le Curé.. Dès qu'il ouvrit les portes,à 5 heures,ce fut une ruée comparable au premier jour de vente d'une console Nintendo, chez Virgin. ou aux soldes des Galeries La Fayette.
"-Delirium ! delirium ! se lamentait impuissant notre portier. "Les habitués à gauche , les nouveaux scrofuleux à droite !" criait-il malgré tout avec autorité. Ne vous méprenez pas , ce n'était pas là de la discrimination, c'était tout simplement pour faciliter le comptage pour les statistiques que demandait Monseigneur l'Evêque. Malgré cette tentative d'organisation, rien n'y faisait. On a même vu un pélerin bousculé perdre son bâton de berger.En voulant le ramasser il a failli se faire piétiner et ne dut son salut qu'en lâchant un tonitruant God fordom ! qui laissa deviner aux plus perspicaces son origine belge et malheureusement flamande.
.Dans le fond de l'église, près des fonts baptismaux,un moine de l'abbaye de Cysoing, frère Odilon,considéré comme le meilleur carillonneur de la région, bien meilleur en tout cas que son collègue de Bergues et à qui on avait demandé de venir à Lambersart faire quelques heures-sup, racontait à une vingtaine de pélerins bouche-bée,la vie de Saint-Calixte.
Il leur disait....(à suivre )

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