MES PIED-A-TERRE -8

Publié le par lambersart-yvon cousin

Le décès tragique de ma petite sœur a-t-elle incité la direction du Crédit du Nord à proposer rapidement à mon père la direction d'une autre agence ? Peut-être. Le changement de résidence ne pouvait en effet qu'avoir un effet positif sur le moral de mes parents. C'est donc à Seclin que nous avons emménagé moins de trois mois après le drame. L'agence était plus importante, le personnel plus nombreux. Un monde plus industriel succédait au monde agricole. Là encore des liens solides se sont lié avec les employés. Marie Lou, le grand Jean, M. Béghin, M Defretin sont des noms qui me restent familiers. Et Mathilde . Ah ! Mathilde Barrez, plus qu'une aide-ménagère, une perle tellement serviable et dévouée , «  un paquet de nerfs » aussi. Elle aussi est entrée dans la famille.

Je n'ai vécu pleinement à Seclin que pendant une année et demie puisque ensuite et pendant les sept années qui ont suivi j'étais pensionnaire au collège d'Armentières tandis que mes parents s'installaient à La Madeleine puis à Lille- Gambetta en fonction des promotions de mon père. Je ne retrouvais le domicile familial qu'en quinzaine et aux vacances, un peu comme si je regagnais des pied-à-terre. .

A Seclin j'ai fréquenté l'école St Michel. Il y avait certainement deux raisons à ce choix d'école . Elle était proche de notre domicile mais surtout c'était une école privée, ce qui , dans une ville franchement communiste , ne pouvait que séduire mes parents, fervents catholiques. Évidemment, Je ne peux pas juger de la qualité de l'enseignement mais je n'oublie pas les samedis après-midi quand, après la récréation, la salle de classe bien rangée , M. Cardon ,l'instituteur nous lisait des livres passionnants . «  Premier de cordée » de Roger Frison- Roche m'a beaucoup plu tout comme le récit des combats héroïques de l'aviateur Pierre Costermann .

Je n'oublie pas non plus les fois où l'on m'extrayait de la classe pendant une heure pour aller revêtir soutane et surplis et servir à une messe d'enterrement dans l'église St Piat toute proche. Mes qualités d'enfant de choeur étaient là encore parfaitement reconnues. Pourtant , je peux le confesser aujourd'hui, le gentil enfant de choeur que j'étais n'était pas non plus un petit saint et comme beaucoup de mes semblables je n'ai pas résisté à la tentation de goûter le vin de messe. Péché véniel .

En fait, on a beau être enfant de choeur on n'en est pas moins chahuteur et baroudeur . Un jour en rentrant de l'école au crépuscule, mal me prit de quitter le trottoir habituel pour entrer dans un chantier de construction et tomber dans un trou prévu pour être la descente de cave.

Bêtise aussi que cette apostrophe « tu pues du cul » lancée lâchement à un automobiliste qui passait près de notre groupe d'écoliers. L'affaire aurait pu en rester là mais à l'époque les adultes toléraient peu ou moins les impolitesses et les âneries des marmots. L'automobiliste s'arrêta et nous ne dûmes notre salut qu'en nous réfugiant dans l'église. Heureusement, depuis le Moyen-Âge les églises sont des lieux d'accueil pour les coupables .

En grandissant , devenu collégien, mes bêtises m'ont suivi à Armentières . Mon passage à Seclin, je le marque quand même d'une pierre blanche .

Cette année là, était l'année du BEPC. Pendant les vacances de Pâques, à deux mois de l'examen, sentant l'échéance arriver j'ai mis un terme à ce que je peux qualifier de nonchalance scolaire . Aujourd'hui les professeurs parleraient d'un manque d'appétence. Je me suis mis à réviser et parfois à apprendre ce que j'avais dédaigné. La nuit ,sous la couverture, m'éclairant avec une lampe de poche, j'ingurgitais les connaissances. Cette « stratégie du sauvetage », que j'ai réutilisée plus tard , en particulier pour la préparation du baccalauréat, n'est quand même pas à recommander . On ne compense pas en peu de temps l'inertie de plusieurs mois. Malgré tout, cette année là, j'en ai tiré profit et je ressens encore la fierté que j'ai éprouvée quand mon père, quittant son bureau, a crié du bas de l'escalier « Yvon est reçu ! » avant de monter à l'appartement pour me féliciter . Au vu de mes résultats scolaires antérieurs je crois que mes parents pouvaient être aussi surpris que moi ! De cet examen, il me reste l'enthousiasme puéril , je devrais même écrire le lyrisme , avec lequel j'ai traité le sujet de  rédaction   qui nous proposait cette réflexion du philosophe Alain : « il faudrait enseigner aux enfants l'art d'être heureux ». J'avais 15 ans. Je me pose parfois la question de savoir si un tel sujet est à la portée d'adolescents et si maintenant on pourrait encore le proposer à nos élèves . J'aimerais  quand même que se multiplient des lieux, à l'image des « semaines philo », où les adultes échangeraient sur de tels sujets. La vie moderne ne s'y prête guère ; il ne me reste donc  qu'à jubiler une fois l'an à la lecture des sujets de philosophie du baccalauréat .

Seclin mis à part, je ne garde que peu de souvenirs des deux autres pied- à-terre. La mort de mon chien Bobby qui, à 14 ans, ne pouvant plus se mouvoir est mort sur le carrelage de la salle de bains m' a affecté. Les propriétaires de chiens comprendront. Les nombreuses heures que j'ai passées à guetter les allées et venues de deux jolies voisines, sans jamais avoir eu l'occasion de les aborder, m'ont désolé. Certains comprendront cet amour platonique.

Je me remémore surtout l'après fermeture des bureaux, quand les employés de la banque « faisaient la caisse » . Les calculettes n'existaient pas , aussi suis-je toujours fasciné de revoir l'un ou l'autre caissier, penché sur un grand livre, crayon de bois à la main. A la vitesse d'un quart de seconde à la ligne, il descendait jusqu'au bas de la page en additionnant les chiffres les uns après les autres. La main glissait sur la page et ne se relevait que lorsque toutes les lignes avaient été pointées . Un art ! Parfois, la somme du registre ne correspondait pas aux liasses de billets et de pièces comptées par ailleurs. Il fallait alors recommencer. J'ai en tête cette réflexion de mon père : «  il est plus facile de retrouver l'erreur sur une grosse somme que sur une petite  ». C'est une réflexion qui peut certainement s'appliquer ailleurs qu'aux opérations bancaires . N'est-il pas plus facile en effet de résoudre un gros problème vite identifié que de se heurter d'abord à des fourberies et à des tartuferies bien dissimulées ? Ma vie politique m'en a fourni quelques exemples . En tout cas , n 'est-ce pas là aussi un beau sujet philosophique ?

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article