L'ALTERNANCE -4

Publié le par lambersart-yvon cousin

à gauche , l'ex 103

     Si ma petite enfance et mes premières images sont attachées à la maison de garde-barrières, c'est du 103 rue V. Vigneron (aujourd'hui numéroté 91) que je garde le plus de souvenirs .  Au décès de son mari, ma grand-mère s'y était installée.

Sans doute pour atténuer sa solitude, mes parents avaient décidé qu'une semaine sur deux, en alternance donc, à la sortie du collège , j'irais chez elle le week-end . Après avoir pérégriné quelques années au gré des affectations professionnelles de mon père,( j'y reviendrai) j'ai donc revécu en alternance le quartier de «  la pantoufle ».

De 10 ans à 17 ans, j'ai connu l'internat au collège avec une alternance chez « marraine » comme on l'appelait tous.. C'était un grand plaisir parce que j'y étais traité comme un prince . Il est vrai que ma grand-mère avait parmi ses petits enfants deux chouchous : ma cousine Jeanne Marie et moi-même. J'ai remarqué par la suite que, chez les grands-parents ces préférences sont hélas assez fréquentes.

Marraine « me passait tout », entendez par là mes caprices d'adolescent. Je pouvais fumer comme un homme ; ce que j'ai dû regretter plus tard quand un pneumologue m'a certifié que cette tolérance coupable avait occasionné un début de fibrose pulmonaire.  Je n'étais pas non plus astreint à un travail scolaire contrôlé par mes parents et je pouvais rêvasser à loisir en feuilletant pendant des heures le célèbre catalogue  Manufrance des « Armes et cycles de St-Etienne ». On y trouvait tout ce qui pouvait titiller mon imagination et étouffer ma conscience scolaire vite anesthésiée. Outre ce catalogue il n'y avait aucune autre lecture disponible dans la maison à l'exception de « la Semaine Radiophonique » à laquelle ma grand-mère était abonnée. Si la télévision, avec ses téléviseurs énormes et sa chaîne unique en noir et blanc, était à ses débuts, il n'y avait chez « marraine » qu'un poste de TSF. Un très beau poste en bois vernis qui nous distrayait par les chansons de Charles Trenet , de Jean Sablon ou de Line Renaud ,la chanteuse née au Pont de Nieppe que ma grand-mère dénigrait chaque fois qu'elle en avait l'occasion . Nul n'est prophète en son pays...n'est-ce pas ?. C'est Radio Luxembourg , l'ancêtre de RTL qui avait nos faveurs et particulièrement une émission proposée par le shampoing Dop, Dop, Dop, qu'animait d'une voix rocailleuse la coqueluche du moment Zappy Max.

Mes seules sorties étaient pour la boucherie Charlet et le cinéma « Le Roitelet ». L'un et l'autre étaient au centre de La Chapelle , là où se dressaient l'église ST-Vaast, le presbytère, la mairie, la poste et les écoles. Curieusement je n'ai pas de souvenirs de l'école même si je passais souvent - sans doute en accélérant le pas- devant la maison de M. Smal, l'instituteur. Ce sont les côtelettes et la viande qui servait à faire une terrine que j'aimais aller acheter à la boucherie . L'écrivain Marcel Proust avait conservé le goût de certaines madeleines ; moi, ma délectation je l'ai encore dans les côtelettes fines, dorées, salées et poivrées à merveille et du pâté dont je reparlerai.

« Le Roitelet , » c'est une autre histoire .Il a été remplacé par un commerce de fruits et légumes. C'était le cinéma et le patronage de Monsieur le curé . Pour ceux qui connaissent Lambersart, il était dans le style du Castel St-Gérard : un bâtiment tout en longueur, triste, avec des sièges en bois, une acoustique déplorable...Mais il m'est cher. Tout d'abord parce que, à six ans, je suis monté sur scène à l'occasion d'une festivité d'après la Libération ; que j'y ai chanté je ne sais quoi et que les applaudissements me font encore du bien. ! Ensuite, c'est dans cette salle que j'ai vécu mes premiers grands films. J'écris « vécu » car j'avais la permission d'y aller seul et je me souviens qu'au retour chez ma grand-mère il m' arrivait de marcher au milieu de la chaussée en m'identifiant et même en incarnant le héros qui venait de me subjuguer. Ah le beau cow-boy ou le beau prince que j'étais !

Ainsi se déroulaient mes week-ends en alternance. Je vivais là dans des conditions simples et parfois spartiates mais aujourd'hui encore je considère cette maison avec respect et toute ma famille lui reconnaît une valeur symbolique qu' il faut que je vous  précise..

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