1939 -3

Publié le par lambersart-yvon cousin

1939

Naître au début de 1939 , c'était naître quand les nuages noirs de l'Histoire s'amoncelaient La Russie était bolchevique, l'Allemagne hitlérienne, l'Italie fasciste, l'Espagne franquiste .L'Angleterre avait deux millions de chômeurs, la France croyait en sa ligne Maginot et se disait prête à aller « pendre son linge sur la ligne Siegfried » .Partout ça sentait la poudre.

Au milieu de ce champ de mines, c'est dans une maison du contour de l'église St Vaast à La Chapelle que je suis né, fin février, quelques mois avant le début de la seconde guerre mondiale . Les accouchements à domicile étaient alors fréquents. Mon père, n'a connu que sept mois mes gazouillis avant d'aller au front où il a été gravement blessé et fait prisonnier .

Les premières images qui me restent datent sans doute de 1940 et du passage à niveau de la ligne de chemin de fer Lille-Dunkerque. Ce passage à niveau était gardé par des soldats allemands. Une batterie de D.C.A. (défense anti-aérienne )avait été installée dans le jardin de ma grand-mère maternelle qui était alors la garde- barrières puisqu'à l'époque ces barrières étaient levées et abaissées à l'aide de manivelles . La maison existe encore , comme celle de l'autre côté de la voie ferrée où mes parents ont emménagé , sans doute au retour de captivité de mon père. Ma mère elle même fut un moment garde-barrières , tandis mon grand-père était chef cantonnier ...lui aussi aux Chemins de fer et que mon oncle Georges a fait carrière chez les cheminots.  Pas de doute qu'avec de tels ascendants, j'aurais pu devenir chef de gare..!

J'ai un souvenir très marquant de cette maison . Je laisse les psychanalystes s'interroger sur le sens et les éventuelles conséquences névrotiques de cette situation . Je me revois, debout et nu dans une bassine pendant que ma mère me lave et qu'une sentinelle allemande postée devant la fenêtre se tourne vers l'intérieur et me voit le zizi à l'air. N'en ai-je pas gardé quelque fantasme phallique ?

En fait j'ai peu de souvenirs de cette période de guerre : je revois une grenade posée sur un appui de fenêtre extérieur ; je me souviens d'avoir dû m'abriter en catastrophe sous la table de la cuisine, blotti contre ma mère  ou de cette  fuite dans un champ de blé proche lors d'un bombardement sur Lomme ou Armentières ; je garde aussi la mémoire d'un soldat allemand courant dans un champ voisin poursuivi par quelques hommes armés ; et cette scène d'une fermière tondue parce qu'elle avait sans doute manifesté trop de sympathie envers l'occupant.

Mais j'ai aussi des souvenirs plus heureux d'après guerre...

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