AU CONFESSIONNAL DE LA LAÏCITÉ

Publié le par lambersart-yvon cousin

Avant de mettre face à face les lois divines et les lois humaines, l'Eglise et l'Etat , les péchés et les délits ,je vous propose un petit test :

Pouvez vous citer les 7 péchés capitaux ? (réponse au bas de l'article)

Seconde question : avez vous déjà vu un seul de ces péchés mentionné dans un texte de loi,un code ou même un acte administratif ? Non ?

Voilà bien la preuve que le péché est un concept religieux, exclu du vocabulaire juridique. « L'Etat chez lui, l'Eglise chez elle » soulignait déjà V.Hugo dans un discours en 1850  et Robert Hanicotte ( voir mon texte précédent) ajoute que « l'Etat laïque n'est ni contempteur ni laudateur à l'égard du péché ; ce mot lui est étranger . A la société civile la faute réprimée par l'Etat, à la société religieuse le péché puni par l'Eglise »

Rien de nouveau direz vous. Mais les principes sont bien posés : « nul ne doit être inquiété pour ses opinions même religieuses(art10 de Déclaration des Droits de l'homme et du cotoyen) et notre constitution affirme que « la France est une République laïque. »

Voilà donc pourquoi le blasphème, cet outrage à la divinité n'est pas condamné par la loi française. La loi l'ignore.Tout au plus punit-elle « l'injure commise envers un groupe de personnes à raison de leur appartenance à une religion déterminée » Voyez vous la nuance ? Représenter Mahomet coiffé d'un turban en forme de bombe, s'il est un blasphème aux yeux des croyants ne l'est pas aux yeux de la loi ; La Cour d'appel de Paris a d'ailleurs jugé que » le respect de toutes les croyances va de pair avec la liberté de critiquer les religions »

La loi ne protège donc aucune croyance même si elle se déclare protectrice des croyants . Voilà qui se complique !. D'ailleurs est ce bien vrai ? se demande Robert Hanicotte.

Dans les départements alsaciens et lorrain ,peut on parler de neutralité religieuse quand les pasteurs perçoivent un traitement de l'Etat et que le code pénal local peut punir le blasphème, un péché, par 3 ans d'emprisonnement. ? (notons quand même qu'aucune sanction n'a été prise depuis 1918).
Cette exception signalée, l'Etat et ses juges se doivent d'afficher comme nous l'avons compris ,une souveraine indifférence à l'égard de tout ce qui n'est pas la Loi. Ils doivent donc se soustraire à tout jugement moral.

Ils doivent donc sanctionner au nom du Droit et non de la Morale. Là encore n'est ce pas parfois équivoque ? L'avarice ,par exemple. C'est un péché que dénonce la morale religieuse mais n'est ce pas une vertu au regard de la loi civile quand elle est dépouillée de ses excès pathologiques ? Le juge n'apprécie-t-il pas « moralement » quand il fait l'éloge de la rigueur budgétaire, de la lutte contre les dépenses ostentatoires ou encore de la « stricte observance » (expression religieuse!) des dispositions financières ?

La luxure est aussi un bel exemple de rapports ambigus entre religion et laïcité. C'est un péché capital pour l'Eglise mais elle n'est pas punissable par la loi, même si la morale la réprouve. La loi ignore le débauché et « ce qu'elle réprime dans la prostitution pae exemple, c'est le racolage( délit supprimé en 2016) et l'incitation à des échanges sexuels tarifés susceptibles d'entraîner des troubles à l'ordre public ».. N'est ce pas hypocrite ? »La répression s'empare de l'ébauche mais laisse impunie la débauche » écrit R. Hanicotte dans une belle formule

.En somme, l'Eglise condamne le péché de chair et la Loi ne punit que d'une contravention l'achat de l'acte sexuel.

Peut on alors dire que l'Etat, par l'intermédiaire du Conseil Constitutionnel garant de la laïcité ne sanctionne jamais le péché et l'immoralité qui y est attachée ?
Non.  « 
Quand il rencontre des comportements constitutifs de péchés, il les prend en considération dans la mesure où ils sont susceptibles de compromettre la situation de personnes fragilisées « écrit R Hanicotte . La luxure n'est pas illicite quand elle concerne des adultes consentants mais elle se criminalise quand il s'agit de relations entre un adulte et un enfant, personne vulnérable.

Une question intéressante se pose aussi :le monde politique échapperait-il à l'intrusion des péchés capitaux ? Comment le juge traite-t-il laïquement cette intrusion ?

Pas besoin de réfléchir longtemps pour constater que l'orgueil, la colère, l'envie...sont bien présents surtout en période électorale. «  Là où l'homme d'église voit des péchés et des maux, l'homme de loi les qualifie d'irrégularités ». écrit R. Hanicotte. Parmi ces  péchés  électoraux le juge cherche les injures, la diffamation, le financement illicite des campagnes électorales...Ces péchés dont certains n'altèrent pas la sincérité du scrutin ont parfois été qualifiés «  véniels » par le juge

Là encore,ne serait-ce pas une question de foi ? De bonne foi en tout cas.
Vite au confessionnal §

Et maintenant que vous savez tout ça :êtes vous pour ou contre les crèches dans les lieux publics ?

 

Les 7 péchés capitaux  : l'orgueil,l'avarice,la colère,la luxure,la gourmandise, l'envie,la paresse

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Robert Hanicotte 28/10/2016 16:12

L'étudiant Yvon Cousin a rendu un devoir excellent et je pense qu'il serait capable de décrocher une licence en droit, voire plus.Son professeur et ...confesseur plaide coupable car il a commis un péché par omission. En effet, La loi du 13 avril 2016 a supprimé le délit de racolage. Vérification faite, je ne l'ai pas précisé dans mon article......Mea culpa
signé: un prof fier de son élève......

lambersart-yvon cousin 28/10/2016 17:45

J'ai rectifié pour le racolage .
Merci pour ces compliments ! cordialement